Les deux visages (#1 Calame), Paul Beorn

« Au royaume de Westalie, une rébellion principalement composée de femmes a fait trembler le trône du tyran, la Roi-Lumière, qui avait décrété que seuls les hommes avaient une âme. Au cours de la dernière bataille, Darran Dahl, le chef légendaire des rebelles, est tué et ses partisans jetés au cachot. Mais l’église dépêche dans la prison royale un célèbre conteur, d’Arterac, et lui donne pour mission d’entendre les derniers témoins du passé de Darran Dahl, cet ancien soldat surgi de nulle part, qui avait pris fait et cause pour la rébellion. La très jeune Maura, ancienne lieutenante et confidente de Darran Dahl, autrefois sa domestique, se voit proposer un marché : un sursis à son exécution en échange de son témoignage. Elle accepte de raconter leur histoire, depuis le village qui les a vu naître jusqu’à la bataille finale, mais elle se jure d’employer chaque minute de ce sursis pour mettre au point son évasion et reprendre la lutte. »


Genre : Fantasy   –   476 pages   –   Lu dans le cadre du PIB (Prix Imaginales des Bibliothécaires)


Cette année, je participe au PIB ! Cinq livres des littératures de l’imaginaire françaises sont à lire, et à départager : L’enfant de poussière ; Une immense sensation de calme ; Comment le dire à la nuit ; Malboire.

Quatrième lecture de la sélection du PIB 2019 – Prix Imaginales des Bibliothécaires auquel je participe pour la première fois avec mes cher.e.s collègues, Calame est mon avant-dernière lecture avant d’attaquer L’enfant de Poussière de Patrick K. Dewdney. Et l’amatrice de fantasy que je suis est ravie d’être arrivée à ces deux titres-là d’ailleurs, après trois premières lectures très hétéroclites.

Dans ce tome un, Paul Beorn utilise un procédé très sympathique – et efficace ! – pour nous narrer son histoire. Maura, une jeune femme de dix-neuf ans, est faite prisonnière dans les geôles d’un roi dément, après avoir pris part à une rébellion de femmes avec le désormais disparu Darren Dahl (un p’tit hommage à Darken Rahl ?), un personnage qui semble légendaire. Alors que son exécution est prévue au lendemain, un conteur – chargé de consigner l’histoire du Royaume – arrive dans sa cellule dans le but de recueillir sa version des évènements. Alors que les jours passent et que la jeune fille raconte son histoire, elle en profite pour échafauder un plan d’évasion ; c’est donc ainsi que nous revenons sur les évènements qui l’ont amené à se retrouver en prison.

« Je suis Darran Dahl ! » qu’il a beuglé. « Darran Dahl ! Et j’ai la marque des guerriers ! »
Je suis resté là, les bras ballants, la bouche ouverte … J’suis pas un artiste comme vous, comte d’Arterac, je suis un guerrier. Mais dans mon domaine, je sais r’connaître le talent. Vous qui êtes un lettré, imaginez un gamin qui n’aurait jamais appris à écrire de sa vie, qui ramasserait d’un coup une plume et du papier, et qui pondrait sous vos yeux le plus beau poème jamais lu à la cour. Eh bien, ce gosse, c’était un peu ça !

Ce tome 1 de Calame (je présume fortement une duologie) est dans la même veine que d’autres publications de fantasy française récente que j’avais d’ailleurs plus ou moins appréciées, telles que Les épées de glace (pour le moins) d’Olivier Gay ou La maîtresse de guerre (pour le plus) de Gabriel Katz : des œuvres centrées sur les rebondissements, usant de  ficelles parfois un peu grosses, mais toujours attachantes dans la démarche sincère de ces auteurs désireux d’utiliser un cadre fantasy au service d’une histoire axée avant tout sur l’action. Si parfois il m’avait semblé que certains d’entre-eux avaient du mal à s’affranchir de leurs encombrants modèles anglo-saxons (coucou David Gemmell !), Paul Beorn s’en sort lui avec les honneurs, grâce à un personnage principal bien campé : Maura.

La jeune femme est la grande force de ce livre, tant son caractère et sa manière d’être sont cohérents. Ce n’est pourtant pas évident de choisir pour héroïne une adolescente provenant d’un petit village et en proie à des sentiments contradictoires, sans verser dans la maladresse. Mais l’auteur fait preuve d’habileté, en faisant de son histoire un passage doux-amer à l’âge adulte, optant ainsi pour un récit initiatique où toutes les données importantes de la vie de la jeune femme se mélangent. Ainsi, une grosse partie de l’intrigue tourne autour de la filiation et de la transmission, mais aussi de la découverte du monde extérieur, de sa violence, des masses qui suivent un Homme/un mouvement sans même se poser de question, de l’impossibilité d’avoir un gouvernement parfait ou encore du pouvoir immense que peuvent détenir une poignée de personnes.

« Et Darran le vengeur, qui s’enivrait de sang,
Répandait les cadavres, fautifs ou innocents,
Il poursuivait ses femmes, volées à son hameau,
Massacrant bêtes et hommes, jusque dans les berceaux.
Et Darran à la hache, le guerrier fou de rage,
Croyait voir ses femmes dans le moindre village. »

Sous couvert de légèreté, Calame se montre donc finalement assez engagé. Bon, sans trop se mouiller non plus parce que ce n’est pas l’objectif principal du roman, mais l’auteur soulève des questions intéressantes et émet quelques critiques bien senties, qui ne perturbent nullement le plaisir de lecture. Je serai plus nuancée sur l’aspect féministe du récit, car toute l’intrigue concernant ce pan-là de Calame mériterait sûrement de lire le tome deux pour être chroniquée de manière correcte ; Paul Beorn affiche une réelle volonté de ne pas être manichéen et je suis curieuse de voir où cela va le mener. Bon, j’ai aussi noté un petit bémol : il m’a semblé que certains personnages masculins étaient un peu trop facilement pardonnés (pour celles & ceux qui l’ont lu : n’allez pas me faire croire que le Baron de Kenmare a le consentement de toutes les femmes avec lesquelles il a des rapports sexuels). Mais encore une fois, il faut tout de même garder à l’esprit que tout cela nous est narré du point de vue de Maura, qui voit sa vision du monde changer peu à peu et que cela sera plus approfondi ou au moins nuancé dans le tome suivant.

« Vous avez toujours vécu dans une grande cité, conteur. Mais dans un village, on vit en vase clos. Le hameau d’à côté, c’est déjà l’étranger. Ce qui se passe à dix lieues ou à mille, ça ne ferait aucune différences : ça n’existe pas vraiment. »

Pour le style, il me faut avouer avoir éprouvé au départ une certaine méfiance. Le roman est construit principalement sur un dialogue entre Maura et le conteur ; une grande place est donc faite à un langage parlé/familier. En tant qu’amatrice d’une fantasy très descriptive, contemplative et pauvre en dialogues à la Robin Hobb, il m’a été agréable de constater que l’auteur parvenait à construire un récit cohérent et rarement maladroit en utilisant ce procédé. 19

En bref  … Un personnage principal réussi, une intrigue prometteuse qui n’a pas encore dévoilée sa finalité et un aspect « divertissement » pleinement assumé sans faire l’impasse sur le fond … Des novices en fantasy désireux de découvrir le genre peuvent s’y pencher sans hésiter. Les aficionados, eux, pourront aussi y trouver leur compte. Pour ma part, j’attends le tome 2 avec curiosité, pour me faire un avis vraiment définitif sur cette saga qui s’engage très bien !

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