La prêtresse esclave (#1 La Croisade éternelle), Victor Fleury

« Au cœur de la capitale d’un empire millénaire, la prêtresse Nisaba est la principale servante de l’héritier royal, Akurgal. La jeune femme a de quoi haïr la famille régnante, même si elle est forcée de servir son maître sans protester. Or celui-ci est réputé pour sa décadence, utilisant sans mesure ses oblats, des esclaves sacrés dont il s’est approprié les sens grâce à ses pouvoirs mystiques – ces derniers sont contraints de partager ses sensations, douleur, plaisir, mémoire et plus encore.

Mais quand Akurgal décide de partir en croisade aux confins de l’empire, Nisaba se voit obligée de le suivre en laissant son propre fils derrière elle. Alors que secrets et complots semblent se multiplier dans l’entourage de son maître, la prêtresse esclave parviendra-t-elle à le protéger, et à sauver l’empire tout entier de la ruine ? »


Genre : Fantasy   –   380 pages


Le récit commence sur un épisode de l’enfance de celle qui sera notre narratrice une fois adulte : Nisaba. La voici débarquant avec son père dans un empire qui n’est pas le leur, le second semblant poursuivre un objectif important puisqu’il désire à tout prix avoir la possibilité de communiquer avec la famille royale. Malheureusement, il meurt tragiquement, laissant la jeune fille seule.

Devenue adulte, Nisaba est  au service de l’Infant Akurgal, sensément héritier du trône, d’une manière bien particulière : elle est son oblate de peau. Grâce à une magie particulière, les membres de la famille régnante ont la possibilité de partager leurs sens et leurs différents états avec des personnes choisies. Cela peut servir à emmagasiner des connaissances par le biais d’un autre, dormir par le biais d’un autre, etc. Nisaba partage son sens du toucher et cela s’apparente à une torture car Akurgal mène une vie débridée, faite de multiples femmes chaque nuit. Nisaba le vit d’autant plus mal, puisqu’ils ont été autrefois amants et fou amoureux l’un de l’autre. Elle oublie donc sa peine en se droguant pour quitter l’espace de quelques heures, toutes sensations.

« La loge surplombait une grande salle sur les côtés de laquelle couraient des rangées de gradins en pierre. Sur les sièges, une trentaine de conseillers aux atours resplendissants arboraient l’écharpe de soie rouge des Ukkins. Lorsque l’Infant fit son entrée, ils s’agenouillèrent, mais certains se rassirent avant que l’Enlêide ne soit monté à la tribune. Le message était clair : en ces lieux, Akurgal aurait du mal à imposer sa domination. Il fit mine de n’avoir pas remarqué ces entorses à l’étiquette et adressa un sourire chaleureux à l’assemblée. Nisaba se réjouit de voir que son maître apprenait à faire preuve de pragmatisme. »

Nisaba est aussi la mère d’un jeune garçon qui comme elle, semble maîtriser une magie – l’Irradiance – très puissante et dangereuse. Elle ne l’élève pas et ce dernier ignore tout de l’identité de sa mère, cela ajoutant à sa souffrance et à son mal-être. Lorsqu’Akurgal est écarté de l’accession au trône de manière brutale, il décide de partir en Croisades aux confins du royaume pour regagner sa place, et emmène avec lui ses oblats, une mystérieuse caisse qu’il est interdit d’ouvrir, et forcément, Nisaba. Le chemin sera long et difficile : Nisaba ressent un manque cruel lorsque la drogue vient à manquer, pense sans cesse à son fils, et Akurgal se révèle être un homme instable et capricieux, qui ne prend que de mauvaises décisions, les mettant en danger continuellement. Â côté de cela, Nisaba découvre par le prisme de ses pouvoirs que la famille royale semble cacher de lourds secrets.

« Ils traversèrent le fleuve Purat à l’aube, laissant Ubuk derrière eux, et parvinrent en vue d’Êrid au soir. À l’horizon, une brèche gigantesque s’ouvrait dans la terre craquelée de la plaine aride. En son sain, la nécropole des Enlêides renfermait les tombeaux de tous les anciens Rois-Prêtres que cette dynastie avait donnés au Pays-Des-Deux-Fleuves.
La colonne allait cahin-caha, guidée par une poignée de cavaliers : Akurgal flanqué de ses oblats. Derrière eux, un contingent de la Garde Blanche, puis un groupe de prêtres d’Enlê transportés par des esclaves dans des palanquins. À l’arrière, enfin, venaient un chariot de matériel militaire et un étrange fourgon cuirassé de bronze, dont nul en dehors d’Ibbi et de l’Infant lui-même n’avait le droit d’approcher. »

Voilà un livre difficile à résumer, car il s’y passe étrangement beaucoup et peu, puisque cela se fait au gré de l’avancement d’Akurgal et de ses oblats. Semblant inspiré de la Mésopotamie antique, l’univers développé par Victor Fleury m’a charmé, à la fois parce qu’il diffère de l’habituel schéma médiévalisant, mais aussi par son aspect très sombre. La famille royale est d’une cruauté sans nom, ne faisant cas d’aucune vie humaine et sa position quasi-hégémonique m’a beaucoup questionné, puisqu’on sent assez rapidement qu’il s’agira d’une des clés du mystère.

Au delà de ça, le tome est tout de même très introductif et peine parfois à installer un rythme et une intrigue définie. Heureusement, avec un personnage fort comme Nisaba, Victor Fleury garde le cap. Nisaba m’a beaucoup plu, dans ses démons comme dans ses contradictions, puisqu’elle se bat avant tout contre une part d’elle-même qu’elle ne veut pas voir gagner. Ses sentiments pour Akurgal lui sont parfois incompréhensibles – tout comme pour nous ! – et elle est consciente que sa condition d’oblat fait d’elle une esclave, une femme privée de toute liberté, sauf peut-être celle, perverse, qu’elle trouve dans l’évasion que lui procure la drogue. Il est rare de suivre un personnage junkie – particulièrement en fantasy (Fitz, peut-être, dans l’Assassin royal ?), et cela ajoute à l’originalité du récit. De toute façon, Victor Fleury mise clairement sur des personnages controversés, difficile (voire impossible) à apprécier, à l’image de l’Infant Akurgal, qui ne respecte absolument rien et dont rien de positif ne se dégage à aucun moment.

Le style de Victor Fleury est plaisant, pas tellement descriptif mais plus axé sur l’évolution de l’intrigue par le biais des dialogues. C’est quelque chose que je n’apprécie pas forcément (voire pas du tout) d’habitude mais c’est ici très bien fait, sans28 redondance, même si parfois, la construction m’a semblé un peu caduque. Cependant, c’est un tome très introductif, qui nous présente quand même un univers hyper travaillé et complet, donc j’excuse volontiers l’auteur au regard de la qualité de l’ensemble, qui se déroule quand même très agréablement.

En conclusion … La prêtresse esclave est donc le premier tome d’une série de fantasy française prometteuse et originale qu’il vous faut découvrir si vous êtes amateurs.trices du genre !

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