Une sorcière à la cour, Philippe Madral

« « Si les hommes étaient plus aimants, ces prétendues sorcières n’existeraient pas. Ces malheureuses, que leurs époux battent, parfois jusqu’à la mort, n’est-il pas juste qu’elles cherchent à s’en défendre ? C’est la condition dans laquelle notre société tient les femmes qui provoque de telles aberrations criminelles. »

1678. Tandis que Louis XIV mène grand train à Saint-Germain et Versailles, Paris est frappé par les meurtres les plus abominables et la rumeur enfle : des empoisonneuses œuvrant pour le diable auraient infesté la ville.
Lorsque le scandale gagne la cour, le roi ordonne à La Reynie, lieutenant général de police, de démanteler les officines et de punir les sorcières. À mesure qu’il enquête, ce dernier comprend que le roi est victime d’un complot. Mais surtout, il découvre que derrière ces actes diaboliques se cache une plus grande violence encore, subie par les femmes. Maintenues toute leur vie sous l’autorité d’un père, d’un frère ou d’un mari, ont-elles d’autre choix que le crime pour conquérir leur liberté ? Dans cette enquête sulfureuse, Philippe Madral nous plonge au cœur d’une société en pleine mutation et revisite sous un jour complètement nouveau la célèbre affaire des Poisons, avec un souffle romanesque exceptionnel. »


Genre : Historique   –   400 pages   –   Parution le 9 octobre 2019


Comme j’ai apprécié ce roman historique ! C’est dit d’entrée, pas de place au mystère. Tout m’a plu, bien que le résumé – qui nous promet une revisite un chouille féministe de l’affaire des Poisons (enfin, moi je l’avais compris comme cela sur le moment) exagère un peu.

« C’est une attitude malheureusement fort courante d’en vouloir et même de détester ceux à qui l’on doit tout, et cela me fit me souvenir d’une phrase que prononçait parfois mon père, lorsqu’il rentrait de son travail : « Aujourd’hui, je me suis fait encore un ennemi, j’ai rendu service à quelqu’un. » »

Nous sommes à la fin de la décennie 1670, sous le règne de Louis XIV, et des cas d’empoisonnement inquiétants émergent de toute part depuis plusieurs années, à Paris et ses alentours. Si quelques condamnations ont déjà été prononcées, l’affaire est pourtant loin d’être terminée.

Et c’est par les yeux de Nicolas de La Reynie, qui porte la lourde charge de Lieutenant général de police de Paris, que nous allons suivre le démantèlement compliqué de cette histoire ; car plus l’enquête avance et plus le Roi, soucieux de voir certaines de ses favorites mêlées à l’affaire accusées publiquement, lui met des bâtons dans les roues. Pourtant, Nicolas de La Reynie est resté dans l’Histoire pour sa droiture, son professionnalisme et sa rigueur : lui qui s’avoue sous la plume de Philippe Madral pas assez courageux pour aller contre le souverain va pourtant gérer cette enquête le plus habilement du monde, gardant toujours en ligne de mire des principes sur lesquels il ne transigera jamais … à sa manière.

« J’essayais de calmer les doutes que j’avais sur la façon dont je conduisais mon enquête. Si exister c’était résister, je m’y efforçais autant que je le pouvais. Je n’étais malheureusement pas toujours maître des procédures que j’initiais, et j’avais la faiblesse de préférer continuer de vivre que de m’opposer de front et finir sur la roue comme coupable de lèse-majesté ou comme hérétique. Aussi préférais-je rester prudent sur bien des sujets, quand je sentais des forces supérieures prêtes à me menacer. Souvent, j’étais contraint de n’agir qu’en secret pour mes convictions, affectant par-devant les autorités, civiles ou ecclésiastiques, un respect qui m’assurait l’impunité. Ce n’était pas très glorieux, je devais l’avouer, mais il faut croire que je ne suis pas de la race des héros ni de celle des désespérés. »

Avant cette lecture, je connaissais plutôt mal l’affaire dite des Poisons. Peut-être en avais-je entendu parlé à travers une énième rediffusion d’un film de la saga Angélique. Je voyais ces chemises enduites d’un poison qui brûlait la peau et tuait en quelques minutes (une scène qui m’avait marquée enfant) ; si les chemises sont bien présentes, cette affaire se révèle bien plus ample et compliquée qu’une simple guerre de succession puisqu’on y trouve pêle-mêle de la politique étrangère, de la jalousie doublées d’ une croyance forte en tout ce qui a trait à l’ésotérisme. L’affaire s’avère donc être un sac de nœuds et durera des années, années durant lesquelles les vies du personnage principal ainsi que celles des membres de sa famille seront constamment mises en danger. Et cela fera évoluer sa vision du métier, mais aussi ses opinions sociétales, telles que la place qui est celle des femmes dans la société de cette époque. une-sorciere-a-la-cour

Le personnage est en tout cas délicieux à suivre, grâce à une plume qui sait être soutenue sans être lourde. L’écrivain s’efface parfaitement pour donner vie au personnage de de La Reynie tel qu’il semble se l’être imaginer en préparant son livre, et c’est extrêmement plaisant à lire car on s’attache à cet homme qui doute, se perd parfois mais sait toujours revenir vers ce en quoi il croit.

En conclusion … Une excellente surprise !

Service presse NetGalleyFrance et JC Lattès.

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3 réflexions sur “Une sorcière à la cour, Philippe Madral

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