Semiosis (#1), Sue Burke

« Ils sont cinquante – des femmes, des hommes de tous horizons. Ils ont définitivement quitté la Terre pour, au terme d’un voyage interstellaire de cent soixante ans, s’établir sur une planète extrasolaire, qu’ils ont baptisé Pax. Ils ont laissé derrière eux les guerres, la pollution, l’argent, pour se rapprocher de « la nature ». Tout recommencer. Retrouver un équilibre définitivement perdu sur Terre. Construire une Utopie.
Mais avant même de fonder leur colonie, des drames mettent à mal leur idéal. Avarie sur une capsule d’hibernation, accident d’une des navettes au moment de l’atterrissage. Du matériel irremplaçable est détruit. Les morts s’accumulent.
La nature est par essence hostile et dangereuse ; celle de Pax, mystérieuse, uniquement végétale, ne fait pas exception à la règle.
Pour survivre, les colons de Pax vont devoir affronter ce qu’ils ne comprennent pas et comprendre ce qu’ils affrontent. »


Genre : Science-fiction   –   435 pages


Cela commence comme n’importe quel planet-opera classique. Dans une centaine d’années, des colons – scientifiques pour la plupart – quittent une Terre inhospitalière et entreprennent un voyage d’une centaine d’années en stase, afin de s’installer sur une nouvelle planète. Des idéalistes, qui veulent repartir de zéro et oublier les guerres, les religions, la pollution et les multiples autres erreurs qui ont condamnées leur ancienne terre. Si l’atterrissage est compliqué – une bonne quinzaine de morts sont à déplorer – chacun est déterminé à suivre sa mission. On cartographie, on s’émerveille devant cette nouvelle faune, on essaie d’évaluer les conséquences d’une gravité plus forte sur les corps des Terriens et des enfants à naître. La flore ? De la nourriture, voilà ce qui intéresse la plupart. C’est trivial, et même si ces scientifiques savent que les plantes possèdent leur vie propre, ils les considèrent bien peu. 

Ce qu’ils cherchent, ce sont des traces : celles d’une civilisation, passée peut-être, intelligente probablement – du moins ils l’espèrent tous. 

Cette civilisation, ils l’imaginent un peu similaire à eux : des bras, des jambes, un langage fait de paroles, de sons. Et personne n’envisage alors le moins pensable – et c’est tout ce qui fait l’attrait de ce premier tome : ici, la forme de vie dominante, ce ne sont pas des petits hommes verts, mais des végétaux. Et si nos colons domestiquent rapidement certains animaux, ils ne vont pas tarder à comprendre qu’eux-mêmes le seront par ces plantes, qui possèdent en leurs fruits tout ce qu’il faut pour les aider ou les anéantir.

« Notre civilisation future serait fondée sur le meilleur de la Terre, dans le respect de toute forme de vie, la justice et la compassion, et on y rechercherait la joie et la beauté. Sur nos ordinateurs, les programmes éducatifs destinés à nos enfants n’évoqueraient pas les absurdités terriennes telles que l’argent, la religion et la guerre. »

J’ai l’air très enthousiaste non ? Oui, j’ai adoré l’idée générale de ce livre qui nous montre brillamment à quel point nous sommes étriqués, à quel point l’homme se croit partout le dominant, se sent chez lui même avec ce qui semble être les meilleurs intentions du monde. Si une planète est vierge de constructions telles que lui les aurait élaborées, alors il peut l’habiter. Pourtant sur Paxpaix, telle que la planète a été nommée – rien ne sera aussi simple. Sur les deux premiers tiers du livre, chaque chapitre va nous permettre de suivre un colon d’une génération différente : la première d’abord, puis la seconde, et ainsi de suite. Puis s’invitera à la narration le fascinant Stevland – du nom du premier colon mort sur Pax : une plante qui va nous proposer son point de vue sur l’histoire de la planète, des siens, des autres espèces présentes. 

« L’eau c’est la vie. En tout cas, c’est ce que disent les plantes. Je n’ai pas discuté de croyances spirituelles avec les humains, mais ils célèbrent les équinoxes et les solstices, se livrent à des observations minutieuses des étoiles, et chaque étoile est un soleil. Je soupçonne que les humains révèrent implicitement le soleil. L’ensoleillement étant prévisible, le soleil est un objet de révérence qui convient à des êtres cycliques tels que les animaux. L’eau est vénérée par les plantes non parce qu’elle est indispensable mais parce qu’elle est imprévisible : inondations et sécheresses. »

Semiosis brille donc par l’originalité de cette idée, qui amène avec elle une foule de questions et de réflexions : il vaut la peine d’être lu rien que pour l’expérience qu’il procure. Personnellement, le planet-opera est un genre que j’aime beaucoup ; je n’ignore pas qu’il peut en rebuter plus d’un. Pourtant, je suis convaincue que Semiosis pourrait plaire à un novice ou un non-aficionado. Le style de Sue Burke est très clair, très factuel aussi (sa formation de journaliste y joue peut-être un rôle) et malgré quelques explications et termes assez précis sur la botanique, elle parvient à rester simple. On peut du coup lui reprocher d’être parfois un peu simpliste, mais c’est heureusement assez occasionnel : je l’ai ressenti comme un souci un peu trop appuyé d’être certaine de se faire comprendre, avec parfois quelques petits trous d’air au niveau de la qualité du style d’écriture. Cependant, le sujet est fort et on sent qu’elle ne ssemiosis-2e repose pas dessus. Elle nous propose aussi des drames, des enjeux et des personnages profondément intéressants, ainsi que des questionnements annexes. Pour moi, la lecture de ce tome un, si on a pas envie de se lancer dans une énième saga, se suffit amplement à elle-même. Pour autant, je serai au rendez-vous pour le tome 2 en 2020.

En conclusion … Un excellent (premier) roman, impressionnant pour l’originalité dont il parvient à faire preuve et les questions qu’il réussit à faire naître dans l’esprit du lecteur/de la lectrice. Assurément à lire !

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2 réflexions sur “Semiosis (#1), Sue Burke

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