Des larmes sous la pluie (#1 Saga Bruna Husky), Rosa Montero

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Genre : Science-fiction

402 pages

« Etats-Unis de la Terre, 2109.
Les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu’une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour instrumentaliser l’histoire de l’humanité. Bruna Husky, une réplicante guerrière, seule et inadaptée, décide de comprendre ce qui se passe et mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n’a d’alliés que marginaux ou aliens dans ce tourbillon répressif, vertige paranoïaque, qui emporte la société. »


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Les + : Un personnage principal très fort, un roman engagé.

Les – : RAS.


Bien que cela ne soit pas explicitement mis en avant par l’éditeur, Des larmes sous la pluie est le premier tome d’une trilogie de l’autrice espagnole Rosa Montero. Une première incursion dans la littérature SFFF et plus particulièrement dans la science-fiction, dont le tome de conclusion a été publié fin 2019 en VF. L’action se situe en 2119 dans un Madrid futuriste mais très plausible.

Nous apprenons à connaître dans ce premier opus le drôle de personnage qu’est Bruna Husky. Bruna est une réplicante de combat (si vous n’avez pas vu Blade Runner, il s’agit d’un robot androïde) d’une qualité extrêmement poussée. « Née » à environ 25 ans, elle n’est destinée à vivre qu’une dizaine d’années, avant de mourir de la TTT – la totale tumeur techno, une forme de cancer fatale en quelques semaines. Et cette pensée l’obsède. Elle a un genre de TOC : chaque jour, elle décompte le temps qu’il lui reste à vivre, soit un peu plus de quatre ans. Après avoir fait ses années de service dans la milice, elle s’est reconvertie en tant que détective privée. La voici embauchée par un parti politique pro-réplicant, qui lui demande d’enquêter sur des attentats-suicides commis par des androïdes semblant avoir perdu la raison.

« De même qu’une grenouille dont on réchauffe l’eau graduellement ne remarque pas le problème tant qu’elle ne se brûle pas, l’Humanité ne s’est rendu compte de la catastrophe qu’à l’arrivée des premières morts massives. »

Des larmes sous la pluie ne privilégie pas vraiment l’action. Les éléments de l’enquête sont agréablement distillés au fil de la lecture mais le livre est surtout une « balade » au plus près de Bruna et de son monde, à la fois très proche et très différent du notre ; en un mot, c’est un futur plus que possible que nous offre l’autrice. Beaucoup de questions actuelles y sont abordées : l’eau, la qualité de l’air, l’écart qui se creuse entre riches et pauvres, les partis politiques extrémistes, le tout-sécuritaire, la protection de la vie privée à l’ère d’internet, et j’en passe. En somme, ce livre c’est un peu l’illustration parfaite de l’éclairage que la SF peut apporter sur notre société actuelle. Faire de Bruna une androïde rend d’ailleurs le propos encore plus puissant et pousse l’identification au plus loin, puisqu’elle peut-être chacun.e d’entre nous.

« – Cuncta fessa, murmura l’archiviste.
– Quoi ?
– Octave Auguste est devenu le premier empereur romain parce que la République lui avait octroyé d’immenses pouvoirs. Et pourquoi la République avait-elle fait ça ? Pourquoi s’est-elle suicidée pour céder la place à l’Empire ? Tacite l’explique ainsi : Cuncta fessa. Ce qui veut dire : Tout le monde est fatigué. La fatigue face à l’insécurité politique et sociale est ce qui a conduit Rome à perdre ses droits et ses libertés. La peur provoque une faim d’autoritarisme chez les gens. C’est un très mauvais conseiller, la peur. Et maintenant regarde autour de nous, Bruna : tout le monde est effrayé. Nous vivons des moments critiques. Peut-être que notre système démocratique est lui aussi sur le point de se suicider. Parfois, les peuples décident de se jeter dans l’abîme. »

Rosa Montero est une autrice dont j’apprécie beaucoup le style, et j’ai eu plaisir à la voir
écrire dans un genre littéraire – la SF donc – qui est l’un de mes favoris
. Elle ne se sert pas de ce cadre comme simple « prétexte » mais développe, creuse ; on sent à la lecture qu’elle a abattu un vrai travail pour épouser au mieux les codes du genre tout en laissant exprimer sa personnalité et les questions que l’on retrouve souvent dans ses livres : vieillissement des corps, changement de l’apparence physique, importance des souvenirs.

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En conclusion … Une excellente lecture, que je regrette d’avoir découvert si tard.

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