La voix secrète, Michaël Mention

Genre : Policier historique

231 pages

Note : 3 sur 4.

✅ Un récit court, sans temps mort ; Une période (celle du règne de Louis-Philippe) intéressante ; La personnalité de Lacenaire, tueur égocentrique tout droit sorti d’une série TV.

🔴 Un moment « mystique » voire fantastique qui n’avait pas sa place dans le récit selon moi.

« Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe, alors que Paris est rongé par la misère et les attentats, la police enquête sur un tueur d’enfants. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, vers le célèbre poète et assassin Pierre-François Lacenaire. Incarcéré à la Conciergerie, celui-ci passe ses journées à recevoir des visiteurs et à rédiger ses Mémoires en attendant de passer sous la guillotine. Un autre crime se produit, révélant davantage de similitudes avec ceux commis jadis par Lacenaire. Allard décide alors de le solliciter dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et l’assassin s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation, qui les entraînera tous deux dans les coulisses d’un Paris mystérieux et violent. »


Cela faisait longtemps – Nicolas le Floch mis à part – que je ne m’étais pas plongée dans l’un des délicieux policiers historiques de la collection Grands Détectives des éditions 10/18. Mon choix s’est donc porté vers un one-shot d’un auteur français que j’ai envie de découvrir depuis quelques temps (notamment les titres Power et De mort lente) : Michaël Mention.

Ce dernier choisit de se concentrer sur une période de l’Histoire bien particulière, à savoir le XIXème siècle de la Monarchie de Juillet. Nous sommes en 1835 à Paris et Pierre-François Lacenaire – « dandy » criminel – vit ses dernières semaines en prison avant exécution, dans des conditions sommes toutes loin d’être désagréables : des mets fins lui sont servis, il est seul dans sa cellule et bénéficie en sa qualité de gentilhomme d’un droit de visite très large. Parmi ses visiteurs et amis, un certain Allard, à la tête de la Brigade de la Sûreté (il est le successeur du très célèbre Vidocq) qui l’entretient bien vite aux sujets de crimes répétitivement commis ces derniers temps sur des enfants pauvres. S’il lui en parle, c’est parce que ces assassinats ont une particularité : le même « mode opératoire » que ceux de Lacenaire. Imitateur ? Fan ? C’est ce qu’ils vont tenter de découvrir.


« De gris, le ciel passe au noir. Le moment pour les exploités de rentrer chez eux, après quinze heures de labeur ininterrompu. À travers la ville, ateliers et manufactures se vident de leurs travailleurs. Fourbus, nullement consolés par leur salaire : deux francs pour les hommes, un pour les femmes, quarante-cinq centimes pour les enfants »


Paris en 1835 – les beaux-quartiers exceptés – c’est une misère noire et un peuple surexploité (quinze heures de travail journalier) du plus jeune âge – travail des enfants oblige – jusque la vieillesse dans des manufactures diverses, symboles d’une époque où il faut produire toujours plus vite et pour le moins cher possible. Un milieu dans lequel il est donc bien difficile d’enquêter, d’autant plus que ce peuple entretient vis-à-vis des autorités une défiance importante et que les divisions politiques sont nombreuses, alors que les plaies de la Restauration et les ratés de la Révolution Française sont encore dans toutes les mémoires.

L’auteur excelle à poser cette ambiance plutôt glauque et sordide dans cette ville qu’il ne cesse de décrire comme tentaculaire, qui n’a encore que si peu à voir avec ce Paris que l’on connaît aujourd’hui. Le fait que le roman soit court ne l’empêche donc pas d’être particulièrement immersif, d’autant plus qu’il s’appuie sur une figure historique, celle d’un personnage haut en couleur que j’ai adoré détester et que je ne connaissais pas avant : Lacenaire. Un tueur de la bonne société, qui a vécu mille vies avant de finalement assassiner pour se condamner consciemment à la guillotine. Un peu poète, mais surtout très égocentrique, l’homme est le réel personnage principal, auprès duquel nos deux policiers font un peu pâle figure ; bien déterminé à mettre en scène sa vie, il ne rechigne devant aucun effet pour déchaîner sa mégalomanie – mais aussi l’absurdité d’une époque et d’une bourgeoisie qui s’entiche de cet être étrange et s’empêtre dans ses contradictions.

L’enquête en elle-même m’a plu, bien qu’elle se résolve par une succession de concours de circonstances ; elle souligne en tout cas bien les difficultés à mener une telle investigation dans une grande ville sans les moyens que nous possédons aujourd’hui, même si comme je le souligne dans les points négatifs, un moment plus fantastique est venu troubler ma lecture. Là où le tome 3 de Nicolas le Floch laissait l’interprétation libre au lecteur (possession démoniaque ou affection psychiatrique ?), ici difficile de voir une piste autre que l’inexplicable. Mais je vous rassure, c’est un tout petit détail – d’autant que l’auteur a un style très agréable à lire.


En conclusion … Des retrouvailles avec les Grands détectives couronnés de succès. La voix secrète est une one-shot bref, mais au contexte historique travaillé et au suspens habile.

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