Le prieuré de l’oranger, Samantha Shannon

Genre : Fantasy

958 pages

Note : 3.5 sur 4.

✅ Un bel équilibre entre aspect sentimental et world building ; Tout le volet « religion » qui est bien développé ; Un bon moment de lecture.

🔴 Certains évènements auraient mérité des développements plus étirés ! ; Une mise en place un peu longue (quoique nécessaire) ; De part son ambition, le récit aurait mérité au moins deux tomes.

« Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle… Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.
Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela. De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…
Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces. »


Mes aïeux, quel pavé ! Septembre n’ayant pas été moralement un mois très propice à l’évasion par la lecture, il est fort pertinent de dire que ce Prieuré de l’oranger est bien tombé, en se “plaçant” comme un lien continu et rassurant avec l’objet livre (ou plutôt en l’occurrence, l’objet liseuse – mais vous voyez l’idée). Rédiger la chronique d’un livre entamé il y a de cela près d’un mois n’a rien d’évident : les souvenirs sont parfois flous. Mais allons-y, ce sera encore plus fouillis que d’habitude – et assurément très long.

Le prieuré de l’oranger déploie, sur plus de 900 pages, une histoire qui aurait de mon point de vue méritée deux voire trois tomes de part ses ambitions. Presque mille ans auparavant, un dragon réputé invincible – le Sans-Nom – a fait régner une année de terreur sur le monde, entouré de ses lieutenants et de son armée de Wyrms. Ce n’est que grâce à l’intervention d’un héros, Gallian Berethnet, que le Sans-Nom a pu être condamné à mille ans d’entrave. Gallian est désormais une divinité priée sous le sobriquet Le Saint, et ses descendantes règnent depuis sur le richissime Reinaume d’Inys. La reine actuelle, Sabran IX, est encore jeune, mais pressée par ses gouvernants de se marier pour enfanter une fille – future reine. Autour d’elle évoluent des dames de chambres selon une hiérarchie bien ancrée. Parmi elles se trouvent la jeune Ead, qui sous couverture d’avoir été offerte à la Reine par un royaume du Sud en gage de bonne volonté, œuvre en fait à sa protection la plus rapprochée : elle est une disciple du Prieuré de l’Oranger, une institution secrète de tous, qui s’est jurée de protéger l’équilibre du monde. Notez que la Reine ignore totalement que la jeune femme est à son service pour cette raison, et qu’elle se trouve au plus bas de la hiérarchie des dames de chambre lorsque le récit commence, dû notamment à sa basse naissance.

À côté de cela, le noble Lord Arteloth Ru, ami d’enfance de la Reine mais également proche d’Ead, se voit éloigné de force du Reinaume et exilé soit-disant en mission diplomatique dans le royaume d’Yscalin, dont les nouvelles ne sont guère bonnes ; on dit le pays tombé aux mains des Wyrms survivants et en proie à la peste draconique, une maladie incurable. Lui qui pense se diriger droit vers la mort va découvrir que la réalité est bien plus complexe qu’elle ne le semble. Voilà pour les royaumes de l’Ouest.

De l’autre côté de la mer à l’Est, la jeune Tané Miduchi termine son apprentissage de dragonnière en Seiiki – car oui, il y a de “bons” dragons. Elle qui d’une basse naissance a sû s’élever au plus haut de la hiérarchie sociale par sa persévérance et son abnégation tremble pourtant, puisqu’elle a commis le pire crime qui soit dans son pays : laisser un étranger y entrer clandestinement la vie sauve alors que le pays est en vase-clos depuis des centaines d’années par crainte de la peste draconique. Cet étranger va se retrouver, par un concours de circonstances chez Niclays Roos, un vieil alchimiste vivant reclus. Autrefois proche de la reine Sabran IX pour laquelle il a œuvré, c’est désormais en exil qu’il tente de survivre, avec pour seule obsession de retrouver sa terre.


“ « Et donc, me voilà Dame », commenta-t-elle enfin. Un long silence s’installa entre eux. Ils étaient alliés, et pourtant il avaient l’impression en cet instant de se tenir sur une plaque de verre fragilisée par les fissures de leurs religions et de leurs héritages respectifs. ”


Voilà voilà. Vous suivez toujours ? Nos quatre narrateurs (à la troisième personne du singulier, ce qui est parfois appréciable) seront donc les suivants : Lord Arteloth et Ead pour l’Ouest, et Tané ainsi que Niclays pour l’Est ; deux continents qui ne communiquent plus guère et sont d’ailleurs séparés par un mer sombre et houleuse : les Abysses, où aurait été emprisonné le fameux Sans-Nom pour mille années, une échéance qui rappelons-le, arrive à son terme et sera donc, vous le devinez, le moteur de l’histoire.

Le prieuré de l’Oranger constitue une sacrée épopée. Non pas par le temps que le livre couvre puisque l’action se déroule sur un peu plus d’une année, mais plutôt dans la densité de forme comme de contenu. Format one-shot oblige, il y a beaucoup d’informations mais aussi d’ellipses à ingérer/assimiler : les deux-cents premières pages sont donc assez pénibles (au sens laborieux) mais une fois le cadre bien installé, il est très facile de se prendre au jeu. L’autrice y déroule une fantasy classique, tournée vers l’inclusivité, et inspirée de légendes diverses (Slaves notamment), optant ainsi pour des références marquées aux grandes familles culturelles telles que nous les connaissons, sans vraiment s’encombrer de subtilités.

Les personnages offrant leurs points de vue sont très différents par le biais de leurs cultures respectives (religions différentes, milieux différents, âges différents). Comme souvent dans ce genre de récit, on s’attache plus à certains qu’à d’autres, même si chaque arc à son intérêt et que les moments où tous se retrouvent (ce qui arrive tard dans le récit) donnent lieu à des chapitres courts et énergiques, chargés de tensions. Ce changement constant de point de vue contribue en tout cas a ôté toute lourdeur au roman et rend la lecture particulièrement digeste, tant le tout est intelligemment construit.

Le world building m’a beaucoup plu pour sa « facilité » : on est comme je le disais en terrain plutôt connu, mais l’autrice ne prétend pas faire plus et s’appuie ainsi sur nos propres connaissances pour construire quelque chose de très immersif. On y met l’accent sur quelque chose que j’aime énormément en fantasy : les religions, leurs créations, mensonges et conséquences. Je trouve que cela enrichit beaucoup un univers qui manque, il est vrai parfois de descriptions plus “visuelles” alors que la variété de contrées visitées s’y prêtait tout à fait. Qu’à cela ne tienne, l’autrice se rattrape sur d’autres points, si bien que ce n’est un tant soit peu pas à un problème ; en revanche, la rapidité de certaines actions capitales m’a souvent fait regretter qu’il n’y ait pas quelques pages de plus (oui oui). Autant certaines sagas tirent en longueur, autant ici la volonté du one-shot à tout prix paraît parfois presque insensée tant l’histoire a un gros potentiel.  


En conclusion … Classique dans la forme comme dans le fond car il n’offre rien de foncièrement inédit, ce Prieuré de l’oranger est indéniablement une lecture de qualité, qui souffre cependant à certains moments de son format en tome unique.

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Dans le même genre, vous aimerez aussi ce one-shot français qui parvient, en moins de 500 pages, à développer un univers impressionnant, en évitant l’écueil de la frustration. N’hésitez pas à cliquer sur la couverture pour découvrir ma chronique :

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